Il me semble mieux percevoir Tinh'y ce que vous voulez nous dire, comment ce bouddhisme vécu et subtil est aussi acceptation.
Il me semble qu'une génération plus jeune d'Occidentaux se saisit actuellement d'un bouddhisme doloriste (pour reprendre ce mot très juste que vous écrivez). Un peu écoeurés et à juste titre des dérapages du tantrisme bouddhique et des scandales qui ont émaillé les années 90, ils foncent sur une lecture plus fondamentale des textes canoniques, en quête d'une certaine pureté.
Le risque est d'en faire une sorte de nouvelle ascèse, d'une sorte d'idéologie de la privation : privation de viande, privation d'une sexualité assumée, privation des expériences sensorielles et des plaisirs de notre temps. Et surtout le risque est de se couper de l'époque et des autres selon le credo que tout étant souffrance, le monde étant souffrance, et les autres vivant la souffrance, il faut s'en détacher.
Un bouddhisme lu au plus près du texte pourrait hélas inciter des jeunes gens à se punir, au fond, pour un monde en lequel ils ne se reconnaissent pas beaucoup, ou plutôt à se punir deux fois : la frustration du monde qui les entoure,
plus cette ascèse supplémentaire de l'octuple sentier conçu comme une extrême modération, c'est à dire une sorte d'anorexie générale vis à vis de la vie.
Pour ne pas tomber dans ce
mode de vie rétréci, tout en comprenant les enseignements du bouddha, il me semble qu'il faut votre expérience de la vie Tinh'Y, c'est à dire avoir vécu, avoir bien vécu avant de prendre le recul.
Le bouddha lui-même ne fit pas autre chose et jusqu'à la trentaine (un âge déjà conséquent pour l'époque antique), il tira à l'arc, pratiqua la vie chevaleresque des kshatria, fit l'amour, alla à des fêtes (des teufs dirait-on aujourd'hui), conçut une descendance, profita de plusieurs palais, et se destina même à reprendre le trône régional des Sakya après son père. C'est après cette vie vocationnelle bien remplie, comme lassé de tous ces plaisirs terrestres dont il avait vidé la coupe, qu'il prit le recul, chercha le sens, médita vraiment.
Peut-être les jeunes gens qui cherchent le sens dès la vingtaine au sein du bouddhisme pourraient s'en inspirer. Au lieu de se mettre au RMI et de faire des retraites sous la tutelle ambigue de certains "guides", (comme c'est le cas autour d'une communauté que j'ai étudiée de l'intérieur par immersion) ils pourraient étudier, travailler, parcourir le monde, vivre l'amitié et la rencontre des autres, jouir de leurs jeunes années et se faire des souvenirs avant d'avoir des regrets lorsque l'âge sera venu. Car c'est avec ce
riche matériau d'une vie pleinement vécue, (et quelques remords d'avoir trop aimé la vie pourquoi pas!), qu'ils pourront sans doute prendre le recul nécessaire, et décider s'ils le souhaitent de s'orienter vers une vie plus contemplative.
Mais bien entendu je ne peux parler que de mon point de vue, chacun fera bien ce qu'il lui plaira.
Et comme vous l'écrivez justement :
"Tant que l'on respire, on éprouve.... c'est ça la difficulté... ne pas vouloir ne pas éprouver... ne pas confondre la sagesse de l'équanimité avec le néant...."