 | forum bouddhisme & dépendance Bouddhiste ou bouddhistes ? La mode du bouddhisme en Occident révèle-t-elle une nouvelle forme subtile de dépendance ? Certaines pratiques de bouddhisme occidentalisées, en particulier de bouddhisme tibétain, peuvent-elles se révéler addictives ? Forum. |
| | | DEPENDANCE ? Des bouddhismes libérateurs ou addictifs ? | |
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| Le bouddhisme est-il addictif ? | | NON, il est libérateur ! | | 53% | [ 7 ] | | OUI, certaines formes dévotionnelles créent une nouvelle dépendance... | | 46% | [ 6 ] | | Je ne sais pas. | | 0% | [ 0 ] |
| | Total des votes : 13 | | |
| | Auteur | Message |
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Im Rang: Administrateur

Nombre de messages: 389 Localisation: http://bouddhismes.info Date d'inscription: 27/06/2005
 | Sujet: Re: DEPENDANCE ? Des bouddhismes libérateurs ou addictifs ? Mer 29 Juin - 14:43 | |
| J'ai réenclenché le disjoncteur qui avait sauté ! La foudre est assez forte sur ce coteau en général. Heureusement l'ordinateur est sur onduleur et dispose de quelques minutes d'autonomie quand ça disjoncte. J'ai eu peur pour l'audio, car il m'a semblé voir sortir un éclair par les ouies d'aération de l'ampli, mais tout fonctionne à nouveau !Tu me demandes si je connais des enseignants du bouddhisme exceptionnels (c'est à dire de la trempe de l'ancienne génération tibétaine par exemple) résidant en France aujourd'hui ? Non, je n'en connais pas, Mika, et si les internautes ont des noms à proposer, ils seront bienvenus sur ce forum....  Tu en connais ?
Dernière édition par le Ven 1 Juil - 20:07, édité 4 fois |
|  | | Mika connaisseur

Nombre de messages: 7 Date d'inscription: 28/06/2005
 | Sujet: Re: DEPENDANCE ? Des bouddhismes libérateurs ou addictifs ? Mer 29 Juin - 14:52 | |
| A Nice il y a le Dojo Zen de Roland Rech, ancien élève de Taisen Deshimaru, mais là encore il existe des controverses, à savoir si c'est une secte ou pas ? ...et sur l'alcoolisme de Deshimaru avant sa mort, mais, bon, Roland Rech me parait quelqu'un de sérieux. Sinon ailleurs, je ne connais pas... |
|  | | Im Rang: Administrateur

Nombre de messages: 389 Localisation: http://bouddhismes.info Date d'inscription: 27/06/2005
 | Sujet: vous avez dit "sectaire" ? Mer 29 Juin - 15:00 | |
| Avec ton post arrive une question délicate : parmi ces nouveaux mouvements religieux bouddhistes occidentalisés certains ont-ils aujourd'hui des propensions sectaires ? Une notion relative mais qu'il faut aussi évoquer. Le rapport parlementaire sur les sectes de 95 en avait épinglé quelques-uns (une poignée). Ce document est toujours en ligne sur le Net. Il peut être consulté aisément et téléchargé également en PDF pour être consulté hors connexion [1180k]. Ce rapport souvent cité et qui a fait date n'était peut-être pas assez outillé ni spécifique. Il s'était contenté de reprendre les observations des forces de l'ordre, souvent suite à des plaintes, rapports repris et complétés par les services les Renseignements Généraux. Une secte pratique la manipulation mentale, utilise l'état de sujétion physique ou psychologique des disciples, abuse de leur état d'ignorance ou de faiblesse. On voit que ce type d'accusation est grave, et c'est pour cela qu'en général on réserve cette étiquette infâmante aux communautés qui ont eu des problèmes avec la justice et pour lesquelles un verdict a été rendu. La loi About-Picard de 2001 qui prévoit des peines pour l'abus de faiblesse ou d'ignorance sur des personnes en état de vulnérabilité devrait permettre d'y voir plus clair à l'avenir, en voici le nouveau texte extrait du code pénal : CODE PENAL (Partie Législative) Section 6 bis : De l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse Article 223-15-2 (Loi nº 2001-504 du 12 juin 2001 art. 20 Journal Officiel du 13 juin 2001) (Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002) Est puni de trois ans d'emprisonnement et de 375000 euros d'amende l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse soit d'un mineur, soit d'une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente et connue de son auteur, soit d'une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l'exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire ce mineur ou cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables. Lorsque l'infraction est commise par le dirigeant de fait ou de droit d'un groupement qui poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d'exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités, les peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 750000 euros d'amende. Il est probable que des familles porteront plainte plus facilement, de par une judiciarisation de plus en plus grande de notre société et de par l'existence de cette loi qui protège mieux les personnes des dérapages de gourous et de leurs acolytes. Par exemple une peine de prison de 3 ans avec sursis a récemment été prononcée à l'encontre du "maître à penser" dans une affaire de groupe spirituel "christique" ou "apocalyptique" (suicide d'un disciple, tentatives de suicides d'autres disciples). C'est la première fois que la loi de 2001 a été appliquée. Le jugement en appel sera prononcé début juillet 2005. Avec le nombre important de groupes issus du bouddhisme, ou s'en réclamant, les effectifs de plus en plus importants cloîtrés dans des ermitages collectifs pour des durées de 3 ans et plus, il est probable que la loi de 2001 connaîtra des applications. Ne serait-ce que pour des raisons statistiques : plus de disciples entraîne probablement plus d'incidents. J'espère que les choses n'en arriveront pas là, et ce forum existe aussi pour cela, pour apporter sa toute petite pierre dans l'édifice de la modération, de la prudence, de la tolérance et du "raison garder". Mika, on est au coeur de la question de la dépendance avec ton post sur la "dimension sectaire ou non" de certains mouvements... La "secte" est précisément le dérapage le plus sérieux d'un nouveau mouvement religieux (n.m.r.) vers la dépendance instrumentalisée des disciples... C'est parfois un sujet tabou chez des sympathisants du bouddhisme qui ne veulent pas en parler, ni voir les choses en face, le cas échéant. La politique de l'autruche ne durera qu'un temps, et il faut s'attendre à de que ce soit la société civile qui fasse le travail d'investigation dans ce domaine, à la place des intéressés eux-même qui préfèrent, certains du moins, le confort rasssurant de leurs mantras ! Il me semble qu'il doit être plus facile de trancher la dépendance vis à vis des pratiques de groupes sectaires, que celle qui naît de l'attachement spirituel et affectif envers de véritables enseignants du bouddhisme, naturellement plus fascinants. Comment se détacher de telles personnes humaines remarquables ? C'est sans doute beaucoup plus difficile pour un étudiant du bouddhisme de rester autonome et indépendant vis à vis de modèles. Le vent de l'histoire a fait hélas disparaître la plupart des vénérables maîtres asiatiques authentiques aux tempes blanches en nos contrées occidentales, ce que nous notions déjà dans nos messages précédents (nous détromper si nécessaire par une réponse sur ce forum !), et la question de leur influence addictive ne se pose donc plus guère... Quels sont donc les risques de dépendance qui demeurent, nous en avons déjà envisagés plusieurs dans les messages précédents sans pour autant trancher, les réponses appartenant à chacun. A vos claviers et à vos souris sur ce forum, pour "répondre"...
Dernière édition par le Dim 31 Juil - 18:05, édité 3 fois |
|  | | Maître EYA valeur sûre

Nombre de messages: 141 Date d'inscription: 28/06/2005
 | Sujet: Re: DEPENDANCE ? Des bouddhismes libérateurs ou addictifs ? Jeu 30 Juin - 23:07 | |
| "Par exemple dans le lamaïsme, les Dilgo Khyentse, les Dudjom, les Kalou, les Guendune ne sont plus là. Avec eux c'est une génération d'hommes discrets, humbles et stables qui s'en est allée. Ils vivaient au contact personnel de leurs disciples et n'accordaient pas une trop grande importance à leur plan média ! Aujourd'hui les "réincarnations" qui les remplacent vont en avion d'un continent à l'autre, allant d'une centre communautaire à un chapiteau, résidant parfois dans des hôtels 5 étoiles luxe en lieu et place d'ermitage (comme le dalaï lama dans sa suite dupleix à l'hôtel Crillon, lors de sa récente venue à Paris)." |
|  | | Im Rang: Administrateur

Nombre de messages: 389 Localisation: http://bouddhismes.info Date d'inscription: 27/06/2005
 | Sujet: Merci M.E. de votre amicale contribution au forum Ven 1 Juil - 6:01 | |
| Oui, c'est très aimable à vous M.E. d'intervenir si discrètement et modestement dans ce forum en citant le passage d'un "post" consacré tant à la modestie de l'idéal bouddhiste qu'à la nécessité de l'expérience, et à la qualité de cette dernière. Je voudrai faire rebondir ce débat sur "bouddhismes & dépendance" à partir de votre message en évoquant une histoire, ou plutôt un récit, à la manière hagiographique. Nous disions précédemment que la dépendance la plus difficile à surmonter était celle que l'étudiant éprouve pour un véritable et authentique méditant. La fascination du disciple ne connaît pas de borne puisque tant sa raison que son sentiment sont saturés d'un frémissement qui ne s'arrête qu'à la mort du maître, se muant alors en une douce et profonde nostalgie, comme pour la perte d'un être cher dont on se plaît à imaginer (comme Proust le fit) qu'il est toujours présent par l'édifice du souvenir.C'est dans cette fusion du sentiment et de la conviction d'être en contact avec "the real thing", la chose réelle, que se densifie cette fascination à laquelle nous avons donné le nom de dépendance. Et dans la mesure où le modèle d'autorité ne déçoit pas, c'est à dire dans la mesure où il est effectivement doté des qualités attendues de lui, ce frémissement du disciple devient immédiatement un puissant vecteur mais aussi une "drogue dure" dont il n'est pas prêt de décrocher... La rencontre, en un seul, de tous les bons objets s'est opérée : la quête de sens, la force de l'amitié spirituelle ont en quelque sorte fusionné dans cette douce passion. Arrivons-en, si vous me le permettez, à ce récit qui m'est familier pour illustrer mon propos sur la dépendance subtile dans le tantrisme bouddique dévotionnel. En 1997 un jeune moine asiatique a été reçu à sa demande par le vieux Très Précieux. C'est le fameux Tennyin rinpoché dont j'ai parlé précédemment. Il avait à l'époque 17 ans je crois, et comme indiqué vivait, et vit sans doute toujours au Népal. Il avait été reconnu comme la réincarnation d'un lama qu'avait très bien connu le Très Précieux et qui lui était très cher : le maître du monastère de Tcheudrak dans le Kham. C'est à Tcheudrak que le petit Très Précieux était devenu moine novice à l'âge de 5 ans peut-être, et là donc qu'il avait connu le vieux lama de Tcheudrak : Tennyin rinpoché. En 1997 c'est donc la "réincarnation" de ce dernier qui arriva auprès du vieux lama Très Précieux pour étudier auprès de lui et recevoir de lui le coeur de sa transmission orale, conformément à cette tradition.
Le vieux lama Très Précieux, exceptionnellement, donna des instructions pour que ce jeune disciple soit accueilli avec des égards très personnels. Il fit spécialement réaménager un petit studio avec kitchenette au pied de ses appartements pour que le jeune homme soit près du vieux maître et dispose d'un contact très facile avec lui. Lorsque Tennyin avait un peu de temps libre le soir après ses longs entretiens souriants avec le vieux khampa, il s'asseyait à une table dans une bibliothèque située juste en dessous des appartements de lama Très précieux, et restait là sans occupation apparente, comme absorbé dans la continuité de sa rencontre avec son maître spirituel.
L'adolescent servait lui-même le thé et ses collations au vieux Tibétain, qui était visiblement enchanté par les bonnes manières de son visiteur. Nos deux amis ne se sont quasiment pas quittés pendant le séjour de plusieurs mois qu'a effectué le jeune lama Tennyin. Et pendant cette période ce fut un peu comme l'âge d'or et les derniers beaux jours du lama Très Précieux, qui donnait d'ailleurs le ton à toute sa communauté. Les disciples laïcs et les fidèles de lama Très Précieux qui vivaient dans les environs, sentirent que ce jeune moine était à la fois un invité délicieux, délicat, sensible et attentif, mais qu'il représentait sans doute bien plus pour le vieux Très Précieux.
Le jeune Tennyin avait reçu de ses parents et de ses précepteurs ces éblouissantes manières, tout à la fois modestes et charmantes, qu'on connaît dans le monde asiatique, et qui sont encore au coeur du processus éducatif classique dans ce dernier. Il était là pour apprendre auprès du vieux lama Très Précieux et non pour paraître. Cela passait presque inaperçu au yeux extérieurs, comme c'est souvent le cas pour les choses vraiment importantes.
Tennyin était accueilli par les fidèles laïcs avec une telle simplicité qu'il arriva même un jour dans un de ces joyeux repas d'été qui réunissait une grande tablée de sympathisants qu'on servît le jeune garçon en dernier, tant sa présence était devenue humble, discrète et familière.
Et effectivement, au sens propre comme au sens figuré, le jeune moine Tennyin fut servi en dernier au grand banquet spirituel de rinpoché, mais il fut sans doute le mieux servi. Aucun autre jeune tulkou (réincarnation) ne fut ainsi reçu à la fin de la vie de lama Très Précieux pour recevoir la quintessence de son expérience.
Lorsque le jeune homme s'en alla alors que l'automne bientôt arrivait, lama Très Précieux lui se prépara, et devait disparaître quelques semaines plus tard.
Au centre occidental qu'avait fondé lama Très Précieux, et où il vivait, les moines européens et les eurolamas étaient-ils moins enthousiastes que leur vieux maître vis-à-vis du jeune homme ? Il est pensable que certains d'entre eux imaginaient un peu hâtivement que la transmission du vieux maître devait se faire en Occident, et bien entendu chez eux et pour eux. Ils n'auraient alors pas volontiers accepté que le dharma de lama Très Précieux revînt là où il était né, à Tcheudrak dans le Kham. Là, le jeune Tennyin reprendrait bientôt, par des allers-retours entre le Népal et le Tibet, le flambeau du vénérable monastère où lama Très Précieux avait grandi et fait ses principales retraites (retraite collective de trois ans, puis retraite solitaire en ermitage pendant peut-être une douzaine d'années).
La passation du flambeau qui se produisit ainsi vraiment entre le vieux maître et ce jeune asiatique ne fut pas vraiment attestée. De plus, parmi les témoins, vous pourrez contester sans doute si vous êtes très bienveillant qu'il en était bien un ou deux qui auraient aimé imaginer que le "fond de commerce" et l'héritage spirituels du vieux lama Très Précieux leur reviendraient en propre. S'assura-t-on donc silencieusement que le jeune Tennyin ne soit pas invité de nouveau au centre d'études de lama Très Précieux, après la mort de ce dernier ? Qui sait...
De son vivant le vieux lama Très Précieux se plaisait à dire qu'un jour la jeune réincarnation du Karmapa, le XVIIème hiérarque des bonnets rouges, viendrait le visiter et qu'il confierait à l'adolescent les transmissions orales de sa lignée avant de mourir. Ce karmapa officiel ne vint jamais le voir. La tête de la lignée était désormais en proie à des querelles intestines avec deux prétendants au pouvoir. Aucun ne voulant céder sa place sur le trône, il n'y eut en réalité aucune transmission acceptée et reconnue par tous. Deux jeunes karmapas en concurrence coexistèrent, dans un climat de rixes à Rumtek au début des années 90 (le siège en exil), puis de procès à répétition pour le contrôle de ce monastère dans les années 2000, sur fond de constats d'huissier de justice et de sites internet comme http://karmapa-issue.org/
Mais symboliquement et en l'absence d'un karmapa qui fût là, vint ce jeune moine d'Asie aux manière impeccables, Tennyin. Et il est possible que, selon la vision non duelle du vieux Très Précieux, il n'y eut en ces présages favorables que l'accomplissement de cette tenace prophétie : ce jeune garçon était bien, dans les yeux pleins de reconnaissance du vieux Très Précieux, le nouveau ou plutôt son karmapa immuable, détenteur d'une lignée dont le siège le plus pur de transmission était, encore et toujours à Tcheudrak, au Kham.
Cette transmission, si elle existe, pouvait enfin y revenir, libérant le vieux Très Précieux de sa dette de gratitude pour ce monastère tibétain qui l'avait nourri, élevé et qui avait contribué à édifier l'homme tendre qu'il était resté, et l'homme accompli qu'il était devenu.
La dette de gratitude acquittée, le vieux lama Très Précieux s'est éteint, songeant qui sait parfois avec tendresse à celui qui reviendrait bientôt sur ses terres en son nom : le jeune Tennyin rinpoché...
L'oubli a scellé l'accomplissement de cette belle promesse...
Dernière édition par le Jeu 26 Jan - 23:23, édité 21 fois |
|  | | claire experte en écriture(s)

Nombre de messages: 17 Date d'inscription: 01/07/2005
 | Sujet: Re: DEPENDANCE ? Des bouddhismes libérateurs ou addictifs ? Ven 1 Juil - 12:56 | |
| Bonjour à vous tous, Votre discussion est passionnante mais je n'ai pas encore épluché tous les arguments (ça se corse !! :  ) Comme j'ai travaillé avec des toxicomanes, je connais un peu le phénomène de l'addiction, plus que le bouddhisme que je viens de recontrer (en touriste, si l'on veut, puisque je n'ai pas de convictions bouddhistes  ). J'ai connu plusieurs toxicomanes qui avaient arrêté l'héroïne, et s'étaient lancés "à fond" dans le bouddhisme. De leur point de vue c'était un net progrès, mais c'est effectivement inquiétant quant à la nature du bouddhisme - tout du moins celui qu'ils pratiquaient - Je ne mets pas en doute leurs convictions, mais je m'interroge sur la répétition hypnotique de sons, de paroles et de rituels,  sur les conditions qui entourent l'initiation, et sur le "transfert" de l'initié sur son maître  . Il est bien connu que souvent, du moins tant que le problème n'est pas résolu à l'origine, les toxicomanes abandonnent une addiciton pour une autre... Je comprendrais très bien que de nombreux bouddhistes ne se reconnaissent pas dans ce bouddhisme " addictif", il est peut-être une forme altérée du message original; les religions sont souvent victimes de leurs interprétations... Claire  |
|  | | Im Rang: Administrateur

Nombre de messages: 389 Localisation: http://bouddhismes.info Date d'inscription: 27/06/2005
 | Sujet: Votre message est bienvenu et fait rebondir le débat ! Ven 1 Juil - 13:19 | |
| Votre message, Claire, est bienvenu et il va contribuer à placer le débat sur le terrain de la réalité concrête des dépendances !  Votre travail avec des toxicomanes s'avère tout à fait essentiel, puisque certains vous ont confié qu'ils ont trouvé dans le bouddhisme une possibilité de dépasser sinon de transformer leur dépendance. On peut supposer qu'il s'agit ici du bouddhisme tantrique , (généralement le bouddhisme himalayen), puisque vous nous parlez de dévotion au maître, de prières et de mantras qui en sont des éléments caractéristiques, bien que non exclusifs.Sans vouloir généraliser, et pour ce que j'en sais, il y a en effet quelques-un d'entre eux qui sont arrivés dans les jeunes communautés bouddhistes qui se développaient en Europe autour de quelques lamas tibétains (et aussi bhoutanais) dans les années 70, et au début des années 80. Ces années étaient, comme vous le savez, celles de styles de vie expérimentaux. C'était déjà la fin de la période Hippie / Woodstock et presque le début de la période New Age. Elles correspondaient aussi à la fin du grand mouvement vers les communautés du retour à la terre post 68. L'émergence des nouvelles communautés dites de la "conspiration du verseau" ou du "nouvel âge" s'annonçait. J'espère que les connaisseurs de ces périodes et de leur sociologie ne m'en voudront pas de ces raccourcis et corrigeront les approximations, je parle sous leur contrôle.  Donc à la fin des années 70 des personnes qui s'étaient un peu vite brûlé les ailes dans les paradis articifiels ont voulu lâcher la toxicomanie et s'ouvrir à un milieu plus sain qui pouvait les aider. Disponibles, souvent sans travail, ils se sont naturellement tournés vers les nouveaux centres bouddhistes qui apparaissaient alors en Europe. Il sont devenus sympathisants mais surtout bénévoles, partageant leur temps entre de nouvelles activités au service de ces groupes et ces nouvelles expériences de vie communautaire. Il est clair que cela a aidé un nombre significatif de ces personnes à lâcher leur toxicomanie (LSD, héroïne, cannabis, ou polyconsommation avec aussi - bien entendu - l'alcool). Ils ont également contribué à introduire dans l'imagerie et la mythologie du bouddhisme himalayen une approche plus fantastique et libertaire, et un style imprégné du psychédélisme issu de la contre-culture des années 70. Plusieurs lamas tibétains avaient d'ailleurs, disaient-ils, quelques difficultés avec ces disciples un peu rebelles et aux cheveux longs qui ne correspondaient pas à l'image des moines du Tibet disciplinés et au crâne fréquemment rasé... Mais revenons pour un instant à un passé plus récent, et à un autre style d'adeptes. Je me souviens qu'en 98 deux très jeunes disciples laïcs, travailleurs bénévoles d'un centre du dharma en Occident avaient recueilli à table, lors d'un déjeuner pris en commun , les confidences d'un maître de retraites, un moine (et eurolama) européen. Ce dernier les avait choqués en leur expliquant qu'à leur âge il avait été brièvement et plus ou moins "dealer" pour reprendre le terme précis qu'il avait utilisé. Ces jeunes gens de dix-huit à vingt ans en étaient resté pétrifiés et étaient venus me confier leur stupéfaction ! Au fond cela aurait-il dû les étonner ? L'époque précédente était peut-être plus favorable à ce type de conversion spectaculaire. Il y a aussi ce que vous nous dites avec nuance, Claire, c'est à dire que (peut-être) une dépendance en remplacerait en quelque sorte une autre... C'est sans doute une amusante caricature, et rien de plus ! Mais il vaut mieux retrouver les toxicomanes dans les monastères lamaïstes que l'inverse ! Réjouissons-nous donc que la transformation, se soit opérée dans cette direction ! Il est ainsi pensable que la dépendance au tantrisme bouddhique, si elle existe, est subtile et donc moins évidente que la dépendance toxicomaniaque... J'ai tenté de brosser un tableau du passé : il sera intéressant de mieux connaître les visages actuels de la toxicomanie. Peut-être Claire, pourrez-vous nous confier à votre convenance quelques détails significatifs de vos expériences d'accompagnement de ces toxicomanes heureusement convertis au bouddhisme ? Il nous faudra aussi parler de la place de l'alcool dans la vie sociale et au coeur des rituels d'offrande spirituelle des communautés du tantrisme bouddhique. Vos interventions sont bienvenues sur ce forum y compris pour apporter la contradiciton. Enfin en quelques mots il faut quand même évoquer à ce point ceux qui, moins chanceux ou plus vulnérables, ont adopté le tantrisme sans toutefois pouvoir cesser leur dépendance aux produits illicites. Il existe, on s'en doute, peu de faits avérés, car dans la mesure où ces conduites sont répréhensibles elles restent toujours sous le manteau. Il m'a semblé entendre récemment deux anecdotes que je restitue ici sous toute réserve, ne pouvant en garantir l'authenticité. Il s'agirait de deux cas possibles (dont je préserverai l'anonymat et la vie privée en effaçant certains détails, et en en modifant certains autres, pour que personne ne puisse les identifier ni les exposer dans leur fragilité). L'un est celui d'un garçon européen qui pratiquant d'une part les rituels yoguiques et vaquant d'autre part entre l'intérieur et l'extérieur d'un centre tantrique en Occident n'aurait paraît-il pas tout à fait renoncé à son goût pour le tetra hydro canabinol. Il a fait une rupture d'anévrisme dans le centre (qui d'ailleurs aurait été diagnostiquée 24 heures après l'incident, sans que j'ai pu vérifier ce chiffre ni ces assertions. c'est en tout cas ce qui a été raconté parmi ses correligionaires). Il a survécu fort heureusement, et ses parents le reprirent ensuite chez eux. L'autre cas est un ancien travailleur bénévole d'une communauté du tantrisme bouddhique, également d'Europe occidentale, qui a également pratiqué ce qu'il est convenu d'appeler des tantras supérieurs ou évolués. Il aurait dit-on également conservé un certain penchant pour ces mêmes substances illicites. Sa santé mentale aurait là aussi souffert. Amené à prendre alors des médicaments psychotropes régulièrement prescrit par son psychiatre, pour stabiliser son psychisme qu'il ne pouvait plus tout à fait contrôler, il aurait, paraît-il et sous toute réserve, continué à hésiter entre les pratiques tantriques, le cannabis et les médicaments (neuroleptiques ou antidépresseurs) qui lui étaient prescrits. Hésitation ou combinaison? Seul les effets sont clairs : un internement heureusement bref, et aujourd'hui le suivi indispensable d'un psychiatre. On le voit les effets combinés des intoxicants et des pratiques yoguiques du tantrisme bouddhique sembleraient être terrifiants au vu de ces anecdotes. Plus de recherche est nécessaire dans ce domaine. On peut poser la question : dans la mesure où une personne ne peut renoncer définitivement à ses substances illicites, la conversion au tantrisme bouddhique est-elle une bonne chose ? Dans la mesure où la combinaison psychotropes+yoga tantrique pourrait être fâcheuse, le "remède" tantrique supposé pourrait-il alors s'avérer pire que le mal ? Nous proposons cette question à ceux qui nous lisent et qui dans le domaine éducatif, des sciences sociales (de l'anthropologie en particulier) ou de la médecine souhaitent intervenir ici...
Dernière édition par le Dim 31 Juil - 22:39, édité 2 fois |
|  | | Maître EYA valeur sûre

Nombre de messages: 141 Date d'inscription: 28/06/2005
 | Sujet: LA Voix du disciple. Sam 9 Juil - 12:28 | |
| Si mes souvenirs sont bons ( je n’ai pas revu ce film depuis sa sortie en 83 ), La vie est un roman, réalisé par Alain Resnais d’après un scénario de Jean Gruault, s’ouvre sur une séquence où l’on voit un richissime Italien qui, au début du siècle dernier, s’adresse aux amis qu’il a réunis dans une clairière. Il projette d’y faire bâtir un château d’allure baroque où il propose d’amener ceux qui le souhaitent à un bonheur complet et durable. « En effet, poursuit-il, qui peut prétendre être heureux, comblé par la vie qu’il mène, à cent pour cent ? Et pourtant, n’est-ce pas le but que nous poursuivons tous: atteindre cette félicité suprême? ». Il possède, dit-il, les moyens d’y parvenir et convie ceux qui le désirent à en partager l’expérience. Ce discours effraie quelques membres de l’assemblée mais, parmi les volontaires prêts à tenter l’aventure et qui demeurent, figure un couple de jeunes premiers réunissant la sublime Fanny Ardant et le fringant André Dussolier. Malheureusement, 14-18, la Première guerre mondiale, va éclater sur ces entrefaites; au terme du conflit, l’ex-millionnaire a perdu une partie de sa fortune et le château, qui est néanmoins sorti de terre, n’est pas aussi grandiose que dans le projet originel. Par contre, les candidats à la béatitude suprême qui pénètrent dans le hall du bâtiment, et dont les rangs eux aussi ont été décimés, sont plus décidés que jamais, après la terrible épreuve qu’ils viennent de traverser et que rappelle l’uniforme d’officier du personnage interprété par André Dussolier. Une fois les portes refermées, installées dans un salon aux fauteuils confortables, ces victimes consentantes sont invitées à boire la « drogue de l’oubli » qui les plonge dans le sommeil. Par prudence, la divine Fanny Ardant est la seule à ne pas jouer le jeu, vidant discrètement le contenu de sa coupe dans un pot de fleurs avant de faire semblant de s’endormir. Cependant la cérémonie va suivre son cours, accomplie par des assistants d’origine asiatique qu’un long travelling nous montre évoluer dans des couloirs tendus de pourpre on détour desquels on entraperçoit une statuette de Bouddha, comme si le réalisateur multipliait les clins d’œil en direction des religions orientales. Après le lavage de cerveau initial, la seconde étape du rituel va consister en un réveil méthodique des perceptions. Ainsi, pour l’odorat, des parfums que l’on devine particulièrement subtils, suaves et capiteux, sont agités au nez des participants, encore à demi-inconscients, immergés dans les effluves qui émanent de baignoires sabot et coiffés d’un bonnet de tissu argenté dont un voile recouvre leurs yeux, masquant leur identité. Pour l’ouîe un quatuor à cordes vient leur donner, en quelque sorte, une aubade... Le récit n’est pas aussi linéaire chez Resnais mais s’enchevêtre avec deux autres intrigues : d’une part, un colloque contemporain sur la pédagogie qui se déroule dans l’enceinte du manoir ; d’autre part, au même moment, les jeux d’un groupe d’enfants dans les bois environnants, à l’origine d’un imaginaire merveilleux, de type médiéval, dont les figures illustrées par Enki Bilal se matérialisent de manière impromptue au détour des sentiers. L’unité de lieu, le château, assure la cohérence de ces allers et retours entre notre époque et les années vingt. Quand nous y retrouvons une dernière fois nos initiés, ils sont debout et se font face, rassemblés par petits groupes dans une salle et ils portent tous aux lèvres le même sourire béat qui témoigne, comme leur regard figé, qu’ils ont bien atteint le parfait bonheur qui leur avait été promis. Sa précaution a épargné au personnage interprété par Fanny Ardant cette lobotomie affective, cette forme de décervelage, et c’est d’ailleurs à elle, plus… ardente que jamais, que revient le mot de la fin : quand elle déclare au maître de cérémonie italien qu’elle préfère la passion, avec tout ce qu’elle comporte d’excès et son lot de souffrances, à cette ataraxie qui s’assimile à une vie végétative ; autrement dit, elle entend faire de sa vie un roman, non pas une suite de pages blanches, et rejette le nirvâna auquel voilà bel et bien parvenus ceux qui, à ses yeux, ne sont plus que de pâles figurants, après avoir sacrifié ce qui faisait leur personnalité ; sa révolte est d’autant plus forte que l’absorption de la drogue de l’oubli a été fatale à son compagnon. Dans un poème du recueil intitulé La poursuite du bonheur, Michel Houellebecq exprime une position assez proche en ces termes : « Occidental, sentimental, primaire, je n’arrive pas vraiment à sympathiser avec le bouddhisme[…] En d’autres termes je reste un romantique, émerveillé par l’idée d’envol[…] J’estime la chasteté, la sainteté, l’innocence: je crois au don des larmes et à la prière du cœur. Le bouddhisme est plus intelligent, il est plus efficace ; il n’empêche que je ne parviens pas à y adhérer. » Ou encore Pierre Gripari qui écrivait dans son Evangile du rien: « Il y a donc, dans l’attitude du renoncement, si sincère qu’elle soit, quelque chose qui cloche, quelque chose qui ne colle pas avec la vraie nature de l’homme. Et c’est là, en définitive, le seul critère qui compte vraiment. Si beau que soit le costume, il ne peut me servir à rien tant qu’il n’est pas à ma taille.[…] La question n’est donc pas à proprement parler morale, elle est psychologique : que la sagesse rende « heureux », c’est bien possible ; mais voulons-nous le bonheur ? Sommes-nous faits pour nous contenter, même à ce prix, d’une vie diminuée, d’une sensibilité amortie, d’une émotivité réduite, d’une activité inhibée ? Le lâcher-prise universel, la non-dépendance intérieure, la parfaite satisfaction de son être propre, cela existe, c’est sûr, sans remords, sans regrets, sans aucune tentation de revenir en arrière : mais c’est seulement chez les drogués, chez les autistes, chez les schizophrènes. Les maisons de fous sont pleines de sages… ». |
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Nombre de messages: 389 Localisation: http://bouddhismes.info Date d'inscription: 27/06/2005
 | Sujet: L'ataraxie est-elle le but souhaitable ? Sam 9 Juil - 15:46 | |
| Cher M.E., Votre récit vient à point nommé pour poser en effet la question de confiance : l'ataraxie promise par le bouddhisme est-elle vraiment une quête justifiée pour tout humain sensible, différencié et qui a besoin de s'essayer aux choses de la vie ? Première réaction : bien que promise, cette tranquillité n'est pas garantie, et vous connaissez comme moi des adeptes qui ne sont ni plus ni moins sereins que des personnes inscrites dans le processus heuristique de la vie. Dexuième réaction : et si elle peut être obtenue, cette paix, comme vous le suggérez fort justement, n'est peut-être pas toujours une si excellente chose. Vous parlez d'une manière d'être qui a tendance à uniformiser les regards et les sourires, et c'est en effet une des questions que l'on pourrait poser avec vous : les styles uniformisés de tranquillité intérieure du bouddhisme permettent-ils tous de maintenir la spécificité et de préserver le projet individuel de la personnalité humaine ? A trop vouloir abraser l'ego, ne risque-t-on pas d'affaiblir ce "je" qui nous particularise, et nous identifie ? La question se pose tout particulièrement avec certaines écoles du tantrisme bouddhique qui avec leurs méthodes expéditives basées sur la répétition d'implorations au gourou, de mantras et de visualisations transparentes et colorées, pourraient même faire peu de cas de la personnalité humaine dans ce qu'elle a d'unique et de fragile (nous ne généraliserons pas, il y a aussi sans doute des écoles tout à fait exemplaires à cet égard). Nous aimerions en savoir plus sur votre découverte de ces milieux, peut-être avez-vous aussi d'autres idées à nous faire partager, d'autres anecdotes issues de vos propres explorations ?
Dernière édition par le Dim 31 Juil - 22:41, édité 2 fois |
|  | | Maître EYA valeur sûre

Nombre de messages: 141 Date d'inscription: 28/06/2005
 | Sujet: Re: DEPENDANCE ? Des bouddhismes libérateurs ou addictifs ? Sam 9 Juil - 21:35 | |
| Lorsque le premier centre de bouddhisme tibétain fut fondé aux portes de l’Ecosse, en 1967, puis que, dix ans plus tard, un autre s’implanta en Dordogne, les néophytes de l’époque n’en savaient peut-être pas assez pour dégager cette problématique avec précision ; aujourd’hui, les nombreux titres du Dalaï Lama en collections de poche ou ceux de son traducteur, Mathieu Ricard, fleurissent au rayon librairie des supermarchés et dans les relais H des gares ferroviaires, promettant sagesse et bonheur au premier passant venu. Dans un article ayant pour sous-titre « Tous bouddhistes ? », le magazine ELLE parlait même de « Dalaï-lama-mania », en octobre 2003, à propos de l’engouement soulevé par la dernière visite de Sa Sainteté à Paris. En fait, une partie du malentendu provient de la parution, au milieu des années cinquante, des ouvrages, pas moins de dix-huit titres, de l’Anglais Cyril Henry Hoskins, alias Lobsang Rampa T. Les éditions Albin Michel publièrent la traduction du Troisième œil en 1957, soit deux ans avant que Tenzin Gyatso, suite à l’invasion chinoise, quitte le pays sur lequel il exerçait l’autorité spirituelle et temporelle, pour s’exiler dans le nord-ouest de l’Inde. Diffusés ensuite en « J’ai lu », sous la couverture grenat ornée d’une illustration mordorée de la collection « L’aventure secrète », cette pseudo-autobiographie d’un lama tibétain et ses multiples développements ne contribuèrent pas peu à épaissir l’aura de mystère qui nimbait déjà le pays des neiges, de par son isolement politico-géographique, comme en témoignent, en 1960, les visions ascensionnelles du moine Eclair Béni dans l’album Tintin au Tibet. D’ailleurs le dalaï-lama, tout en confirmant la fausseté des fables débitées par le soi-disant Lobsang Rampa, lui reconnaît le mérite d’avoir relancé un certain intérêt des Occidentaux pour la mystique tibétaine. |
|  | | Im Rang: Administrateur

Nombre de messages: 389 Localisation: http://bouddhismes.info Date d'inscription: 27/06/2005
 | Sujet: Re: DEPENDANCE ? Des bouddhismes libérateurs ou addictifs ? Sam 9 Juil - 21:48 | |
| Vous nous montrez comment a commencé l'aventure du bouddhisme à l'Ouest dans la deuxième moitié du XXème siècle. Et on découvre que le désir de spiritualité qui s'exprime en faveur du bouddhisme tibétain a commencé avec les petits livres "J'ai Lu" l'aventure mystérieuse à la couverture rouge... Le célèbre troisième oeil : Le mythe du lama aura donc été premier,  et la réalité du bouddhisme himalayen sera venue un peu plus tard, comme vous l'indiquez avec ces premiers centres tibétains du Dharma... La place du mythe, du conte de l'imaginaire est en effet très intéressante à constater dans la genèse du phénomène social. Plus tard, après les livres de Lobsang Rampa, il y a eu les films culte : Little buddha et aussi Kundun auquel un fil de discussion alternatif est dédié sur ce même forum1 ( cliquer sur ce lien pour y accéder). Sur cet autre fil de discussion, précisément, vous nous dites des choses également très intéressantes sur les films consacrés au bouddhisme et qui ont fait date. En voici une image (Kundun enfant incarné par un jeune acteur) : |
|  | | mandoline harmonie & contrepoint

Nombre de messages: 5 Date d'inscription: 10/07/2005
 | Sujet: Re: DEPENDANCE ? Des bouddhismes libérateurs ou addictifs ? Mar 12 Juil - 19:23 | |
| Bonjour ! Bravo pour l'initiative de ce forum. Bien que pratiquante, je suis bavarde et ai une addiction pour le Net ! En plus je vais faire circuler le lien vers mes petits camarades... Le sujet provoque beaucoup de cogitations dans mon esprit toujours bouillonnant. Voici quelques pensées non canalisées et mal ordonnées, tant pis pour vous... D'abord sur l'idée du forum : l'adresse m'a été envoyée par un "jeune" et ça fait du bien de voir arriver un peu de relève dans un mouvement qui reste malgré tout très années 70 ! Excellente idée pour faire connaître, avec tout l'esprit critique indispensable, des enseignements qui restent pour moi source de bonheur. Addiction : je pose juste la question de la dépendance ! Qu'en est-il de celle engendrée par la télévision, par la manie de réunir des gens autour d'un apéritif, de celle d'organiser des barbecues, des fêtes, des réunions de familles, des concours de pétanques, des jeux sportifs, des randonnées pédestres et en vélo, des chorales, des clubs d'aéronautique, des jeux vidéos, et des internautes... alors pourquoi les inoffensifs bouddhistes n'auraient-ils pas le droit sans être montrés du doigt, de se réunir avec des malas autour du cou et de chanter des chansons Les mantras, rituels, postures sont des moyens, des méthodes pour arriver à un résultat, qui est la connaissance de son esprit. De l'extérieur, il peut sembler bizarre de voir des personnes "s'adonner" à de telles pratiques. Mais il ne faut pas regarder seulement le doigt qui montre la lune, mais la lune elle-même... Et pour arriver à un résultat, il faut y consacrer du temps et avec discipline. S'étonne-t-on de voir un étudiant études supérieures rester assis à sa table ou devant son ordi durant des heures, refuser des sorties pour réussir ses examens ? Je ne vois pas pour ma part d'addiction dans l'étude du bouddhisme... c'est difficile, astreignant, abrupte, les résultats escomptés ne sont pas toujours au rendez-vous ! de plus, il ne faut rien attendre de spécial, c'est le grand paradoxe de ce type de développement : mettre beaucoup d'énergie sans rien attendre, pour la bonne raison que le résultat ne vient pas par l'effort intellectuel ou la tension mentale, bien au contraire... de plus, difficile d'évaluer un résultat. Dans ces conditions, la plupart des candidats sont complètement dégoûtés et beaucoup renoncent, ne gardant que la nostalgie et le folklore, la convivialité éventuellement... La mode du bouddhisme tel que je le connais ne peut pas vraiment se répandre. Il réussit à force d'endurance et de solitude, rien qui ne soit très publicitaire que je sache ! On peut penser qu'il y a une addiction chez quelques acharnés sur le point de découvrir quelque chose qui les passionne : mais c'est juste le signe d'un très grand intérêt pour la personne qui est en train de découvrir ce qu'elle cherche, cela peut surprendre car c'est dans un domaine spirituel et donc invisible... difficilement partageable, voire même indicible. La personne dans cette période ne peut donc pas communiquer avec d'autres. Cet état est à mon avis comparable à celui que connaissent les artistes qui se réalisent dans leur oeuvre, qu'ils soient écrivains, peintres ou musiciens. Ou l'exaltation d'un scientifique au travail. On peut retrouver la même personne (est-ce toujours la même  ) quelques années plus tard, travaillant, en famille etc. ou toujours en retraite solitaire... Oui, il y a des yogis en France, européens et d'autres origines, des pratiquants de grande valeur qui ne font aucun bruit, et qui évoluent à leur rythme sans finance scandaleuse ni publicité. Ils sont rares et comme ils souhaitent être tranquilles, oublions-les. Ce ne sont pas eux qui vont porter le débat ... ils ont autre chose à penser pour l'instant. Oui il existe une politique des centres du dharma, une gestion financière, des bâtiments, des contradictions, des "faites ce que je dis pas ce que je fais"...tout un monde exactement avec les mêmes défauts -et qualités- que le monde humain "ordinaire", qui s'en étonnerait ? Les bouddhistes ne sont pas de petits saints... ne rêvons pas trop non plus ! Ce qui n'empêche pas à la générosité d'être efficiente, en assurant que les dons vont vraiment aux personnes choisies, que ce soit des retraitants "professionnels" qui ont par ce biais de vraies bourses d'études, ou des personnes âgées en exil, des enfants. Le discernement est de mise là aussi, l'esprit critique et le contrôle personnel n'ont pas à baisser la garde devant une étiquette ! Pour ceux qui ont la chance d'avoir une addiction à la lecture : soyez heureux ! Il y a tant et tant de livres : poèmes vibrants et si évocateurs, enseignements si nombreux, pour tous les niveaux et toutes les personnalités. Quelle chance de vivre dans cette époque moderne où la diffusion est facile et sans entrave... |
|  | | Im Rang: Administrateur

Nombre de messages: 389 Localisation: http://bouddhismes.info Date d'inscription: 27/06/2005
 | Sujet: La douce musique du Dharma est toujours agréable à écouter Mar 12 Juil - 22:35 | |
| Chère Mandoline, Bienvenue sur le forum, votre avatar en forme de ciel bleu et votre message vont nous encourager à envisager de nouvelles pistes de réflexion en miroir.  Quant au bavardage que vous vous reprochez parfois, votre message en est exempt et propose une réflexion concise, rigoureuse et plurielle au coeur du sujet qui nous intéresse. Vous avez examiné en quelques paragraphes une dimension très humaine du comportement : l'habitude, la tendance, la propension. Vous nous montrez que l'être humain s'inscrit dans des dépendances lorsqu'il tisse ses comportements : vie sociale et relationnelle, apéritifs, télévision, sorties, loisirs Internet, lecture  etc. Vous nous montrez de manière vraiment convaincante que toute expression, même la plus constructive (comme le chant choral) a besoin d'un entrainement  Et, oui, il s'établit lui aussi autour d'une certaine "dépendance". Selon vous toute activité apprise implique qu'on s'y mette, qu'on s'y consacre un certain temps, et donc qu'on en devienne un peu "dépendant". Alors votre conclusion est séduisante : le bouddhisme comme toute activité qui nécessite une discipline comporte naturellement lui aussi ce caractère de dépendance... Comment apprendre, progresser ou étudier autrement ? Vous envisagez les ardeurs des pratiquants du bouddhisme, et vous nous montrez que, tout comme des artistes en plein accouchement créatif, les méditants peuvent eux aussi avoir leur période d'occupation maximale, une période où ils seront un peu moins disponibles pour les autres. Vous nous présentez ces anciens retraitants revenus dans le monde, s'occupant de conjoints et d'enfants, preuves vivantes d'une autonomie naturellement retrouvée. Il n'y aurait donc pas, selon vous, plus de dépendance dans le bouddhisme que dans la vie, que dans le meilleur de la vie. Le bouddhisme participerait de la générosité de l'offre culturelle contemporaine et sa diffusion serait une des facettes de la richesse de notre époque. L'argument est valable. Alors pour mieux comprendre, j'aimerai savoir ce que vous pensez d'une activité précise du tantrisme bouddhique. Que pensez-vous des pratiques répétitives du bouddhisme de tradition himalayenne, en particulier des mantras, des prières, des supplications au gourou, ou des préliminaires ? Cette répétition (des dizaines de milliers de fois, jusqu'à cent mille, voire un million pour le mantra de Chenrezig) est-elle toujours compatible avec l'idée de créativité, de richesse culturelle, de variété et de découverte ? N'y a-t-il pas là quelque chose qui peut éventuellement réduire cette ouverture et cet appétit d'apprendre et de connaître ? Une "clôture de l'inconscient", comme disent les psychanalystes ? Ce rabachage (lisez "répétition" car ce mot est hélas péjoratif) est-il absolument compatible avec cette belle expression de la vie - renouvelée, riche, féconde - que vous avez esquissée dans votre message ? C'est une question que je me permets de vou spsoer; Vous évoquez les retraites du tantrisme bouddhique. La question se pose de l’intensité des pratiques répétitives. Quatre sessions de (3 heures chacune) de rituel quotidiennes (comportant ces nombreuses répétitions de mantras, de gestes ou de prières), plus le rituel collectif (protecteur courroucé) du soir rendent sans doute restreint le temps de la contemplation et des activités personnelles. Alors que les monastère catholiques prévoient généralement plusieurs heures de vrai travail, ainsi qu’un moment de conversation et de détente avec les autres pour leurs moines, certains centres de retraite du tantrisme bouddhique semblent accentuer l’emprise de la passivité, de la sédentarité, du culte, du rite et de la répétition. On pourrait légitimement demander : pour quelles raisons ? Ce phénomène s’accentue, ou plutôt a des conséquences plus sérieuses, depuis quelques années. En effet la mode du bouddhisme de tradition himalayenne s’essoufflant (il vous suffit de constater le rétrécissement inexorable des surfaces des tables de livres consacrées à ces sujets à la Fnac), les centres de retraites tantriques ont désormais du mal a remplir, et certains n’y parviennent plus. Alors qu’il y a quelques années ils refusaient des candidats, certains aujourd’hui n’en ont même pas assez pour atteindre leur capacité d’accueil ou doivent aller les chercher dans d'autres centres du dharma. Il en résulte que la sélection des candidats n’existe plus vraiment dans les faits, et devient davantage semblable à un simulacre. Des personnes arrivant au dernier moment peuvent ainsi être acceptées pour un cycle de trois années et trois mois. Par le passé la pléthore de candidats se bousculant aux portes des droupkangs permettait une sélection plus effective (même si elle favorisait paraît-il les personnalités les plus malléables, ce que nous ne confirmerons pas) ; les responsables de ces retraites pouvaient choisir ceux qui leurs paraissaient les plus aptes et les plus aguerris. Aujourd’hui, ils n’ont plus ce choix, et il devrait en résulter que des personnes moins préparées risquent fort d’entrer dans ce processus répétitif et conditionnant, et peut-être d’en souffrir ? Voire peut-être d’en être irréversiblement affectées si certaines présentaient une fragilité de nature affective, psychologique, neurologique ou surtout psychiatrique qui n’aurait pas été détectée, faute de temps d'observation ? On doit opposer ce phénomène à celui des monastères catholiques qui pratiquent dans les faits le noviciat et n’engagent le processus érémitique qu’avec des candidats qui ont été éprouvés et qui ont eu véritablement le temps de choisir. On doit leur reconnaître cette prudence et ce discernement. Mais revenons à des communautés du tantrisme bouddhique sans pour autant généraliser. Victimes du train de vie plus dispendieux de certains lamas ou eurolamas de la nouvelle génération à la tête de communautés (qui prennent l’avion, logent dans les hôtels à l’étranger, fréquentent les restaurants, disposent d’une automobile etc.), et des endettements importants de certains centres du Dharma (liés à des investissements en pleine période d’euphorie et de croissance), les centres de retraites multiplient les opérations de charme auprès des medias en particulier régionaux, et n’hésitent pas à intégrer au processus rituel des retraites des personnes parfois peu préparées. La raison est simple : ces nouveaux drouplas (retraitants) seront des soutiens pour leur communauté, et leur flux ne doit pas tarir, sinon leur congrégation risque de rétrécir. Et puis les nouveaux retraitants contribuent par un flux monétaire non négligeable puisque on leur demande en général un loyer mensuel un peu plus élevé que le coût réel de leur hébergement. Multiplier des loyers même relativement modiques permet de disposer d’un flux financier entrant non négligeable et stable (sur trois années au moins) pour l’association qui le gère. Il me semble que la vocation spirituelle des retraitants que vous décrivez si bien, Mandoline, dans votre message précédent est aussi attentivement mise à contribution par des communautés en quête de reconnaissance et de moyens. Il ne serait pas surprenant que cette noble motivation de l'engagement spirituel des nouveaux puisse ici ou là être instrumentalisée par des collectivités qui penseraient (noter le conditionnel, nous n'affirmons rien) surtout à la survie de leur organisation et aux prérogatives de leurs cadres dirigeants, même si c'est "au nom du bouddha" et sur fond de dorures, de robes rouges et de fumées d'encens.  Vos impressions, réactions, réflexions sont bienvenues... Ce message est une question, il la pose, et ne prétend pas trancher.
Dernière édition par le Dim 31 Juil - 18:29, édité 1 fois |
|  | | Maître EYA valeur sûre

Nombre de messages: 141 Date d'inscription: 28/06/2005
 | Sujet: Re: DEPENDANCE ? Des bouddhismes libérateurs ou addictifs ? Mer 13 Juil - 16:42 | |
| Namaste, Avant de me mettre en panne du 14 juillet au 15 août, je voudrais tout de même prendre le clavier à la main pour écrire un petit mot à Mandoline dont je salue l’arrivée sur ce forum en lui souhaitant la bienvenue. En plus, pseudo, avatar, on sent que ce doit être une chic fille( ?) : « mes petits camarades », les copains d’abord !, « un « jeune » et ça fait du bien de voir arriver un peu de relève », on n’a pas tous les jours 20 ans !, « Quelle chance de vivre dans cette époque moderne », eh oui, Johnny Guitare, on vit une époque formidable ! Qui a dit que, pour les bouddhistes, « le monde est une souffrance déployée », pour reprendre la formule de Michel Houellebecq, ce professeur de désespoir nourri de Schopenhauer ? Pourtant, je relève dans ses « cogitations » quelques contradictions : « des enseignements qui restent pour moi source de bonheur » ; « les résultats escomptés ne sont pas toujours au rendez-vous »… Et puis, peut-on mettre sur un même plan les pratiques, disons franchouillardes, pour faire vite, qu’elle cite dans ses « pensées non canalisées et mal ordonnées », et qui visent, d’une façon ou d’une autre, la socialisation de l’individu, avec une doctrine de « yogis » qui prêche la « solitude » et le retrait de la société ? Pour s’en convaincre, il n’est que de lire, par exemple, le chapitre 8 (« S’en remettre à la stabilisation mentale ») du Manuel de savoir-vivre du bodhisattva de Shantideva, VIIIème siècle : à côté, Cioran (Sur les cimes du désespoir, Bréviaire des vaincus, Précis de décomposition, De l’inconvénient d’être né), alors là oui, c’est la Joie de Vivre. « On peut retrouver la même personne (EST-CE TOUJOURS LA MEME – on peut en effet se poser la question -) quelques années plus tard, travaillant, en famille etc. ou toujours en retraite solitaire », quand… elle revient, au sens médical de l’expression (et je sais de quoi je parle !). Alors les enseignants, au lieu de jouer les apprentis sorciers en promettant le Bonheur à tout le monde, pourrait peut-être prendre la peine, préalablement, de préciser ce qu’ils entendent par ce mot (voir mon compte-rendu de La vie est un roman dans un message précédent, et comprenne qui pourra/voudra, car il n’est de pire sourd… ). Ensuite, j’ai rien contre les instruments à cordes… sensibles, mais « se réunir avec des malas autour du cou et de chanter des chansons […] les mantras, rituels, postures[…] s’adonner à de telles pratiques »... Les Tibétains si photogéniques que l’on voit tourner des moulins à prières dans des reportages, maintenus dans la religion par un clergé qui n’a qu’une hâte : reconstruire à l’identique les temples et monastères détruits, symboles de son pouvoir, ces vestiges du Moyen Age, on ne va pas pousser la régression jusqu’à les imiter et, par-dessus le marché, assurer des dons qui « vont vraiment aux personnes choisies » (par Qui ?), à « des personnes âgées en exil, des enfants » qui n’ont même pas, il faut bien le dire, d’existence inhérente, car on ne peut pas, non plus, jouer sur tous les tableaux ; si vous n’êtes jamais allés LA-BAS, je vous conseille de vous reporter au débat « Kundun : la Présence », sur le même forum, et d’arrêter de nous faire pleurer avec ça : c’est ailleurs qu’il faut chercher les responsables de cette gabegie mais, apparemment, le sentiment de culpabilité ne fait pas partie de leurs structures mentales. Enfin, Mandoline, « la connaissance de son esprit », « l’invisible », « l’indicible », « un domaine spirituel » systématiquement opposé à « l’effort intellectuel et la tension mentale », moi je veux bien mais, Banjo, tu veux que je te dise le fond de ma pensée ? Ce Bouddha dont vous nous rabattez les oreilles qu’a-t-il découvert de si extraordinaire, en méditant calmement sous un arbre? « Il a découvert en premier lieu, ce que tout le monde sait depuis toujours : que la vie est souffrance. Et ensuite, ce qui n’est pas moins évident, que tout passe ; que tout ce qui nous entoure est destiné à périr ; que notre âme elle-même est un courant d’états de conscience, un agrégat de tendance et de qualités, promis, comme notre corps, à la dissociation ; que l’unité du Moi, par conséquent, est aussi illusoire que l’unité d’un objet matériel, une cruche par exemple, qui peut se casser d’un moment à l’autre. […] C’est bien à tort, on le voit, que certains s’imaginent que l’illumination bouddhiste s’obtient par l’anéantissement du Moi. Nous n’avons pas à faire le moindre effort pour anéantir notre Moi, puisqu’il s’anéantit fort bien de lui-même. Nous avons simplement à prendre conscience, à ne voir dans le monde que ce qui existe réellement, c’est-à-dire, non des choses non des êtres, non des personnes ou des nations ou des collectivités, mais des combinaisons transitoires qui naissent et meurent à chaque seconde – l’une de ces combinaisons étant notre vie psychique elle-même. » (Pierre Gripari, L’évangile du rien, éditions L’Age d’Homme) « Nommer une chose, dit-il, est déjà une erreur. Car,du seul fait que je lui donne un nom, je fais précisément de cette chose une chose , c’est-à-dire une idée abstraite, indépendante et stable, isolé dans l’espace et le temps. Dans la réalité, il n’y a pas de choses, mais seulement des agrégats temporaires de mouvement, de matière, de qualités, en somme des grumeaux de l’énergie cosmique. C’est ce qu’exprime Lao-Tseu dans la deuxième phrase du Tao tö king : Les noms qui nomment vraiment ne sont pas les noms immuables. » ( La vie, la mort et la résurrection de Socrate-Marie Gripotard, éditions La Table Ronde ). Et tout le reste n’est que littérature ou fumisterie… Là-dessus, chère « pratiquante »qui luth, vous avez bien raison : « Il y a tant et tant de livres,etc. » Alors, en guise de conclusion, je m’autorise une dernière citation : « Lorsqu’un individu de culture occidentale a fini de faire le tour des doctines hindouistes, chinoises et japonaises, il est vraiment réconfortant pour lui de constater qu’en fin de compte l’essentiel de tout cela avait été dit par un Grec (il s’agit d’Epicure, note du rapporteur), dans un langage parfaitement accessible, dans les termes les plus clairs, et sans aucune affectation d’ésotérisme. Nul besoin, ici, de croire en l’au-delà, aux réincarnations ni à la magie ; aucune nécessité de cultiver des états paranormaux ni d’épater son monde. Encore moins s’agit-il d’adopter des attitudes séraphiques, reconnaissantes ou extasiés. » (Pierre Gripari, L’évangile du rien, éditions L’Age d’Homme). Il est cithare, Mandoline. La prochaine fois j’aimerais vous entretenir d’un autre de mes auteurs préférés, Paul Diel, mais le modérateur va peut-être finir par trouver que je sors un peu des limites du forum… Ah, pour ce qui est de la « politique des centres du dharma », effectivement, "le discernement est de mise là aussi " et tutti quanti : il ne faudrait pas que le doigt vous cache la lune. Plutôt que de terminer sur une... note vulgaire, je sais que les Violes sont des instruments fragiles qui se dérèglent au moindre choc, alors pardon pour la casse, et c’est signé : Brice (de Nice). Vive la Jeunesse, vive les beaufs, bonne Fête Nat’, puisse-t-il se produire la même chose qu’à la Bastille au Potala. BONNES VACANCES + dédicaces d’usage . |
|  | | mandoline harmonie & contrepoint

Nombre de messages: 5 Date d'inscription: 10/07/2005
 | Sujet: Re: DEPENDANCE ? Des bouddhismes libérateurs ou addictifs ? Mer 13 Juil - 19:04 | |
| Bonnes vacances à Maître Eya ! à qui je vais répondre en premier, son courroux m'interpelle... dénotant une grande colère qui a sûrement une raison, que nous connaitrons peut-être un jour. Mais là, je  de l'accueil qui m'est fait sur le forum ! | Maître EYA a écrit: | | Pourtant, je relève dans ses « cogitations » quelques contradictions : « des enseignements qui restent pour moi source de bonheur » ; « les résultats escomptés ne sont pas toujours au rendez-vous »…" |
Oui, il faut savoir attendre un peu pour les résultats ! et j'ai vu que pour certains pratiquants une déception était au bout de l'effort. Pour ma part, je suis d'un caractère assez content, alors ça m'est un peu égal, d'où un certain bonheur !
| Maître EYA a écrit: | | "Et puis, peut-on mettre sur un même plan les pratiques, disons franchouillardes, pour faire vite, qu’elle cite dans ses « pensées non canalisées et mal ordonnées », et qui visent, d’une façon ou d’une autre, la socialisation de l’individu, avec une doctrine de « yogis » qui prêche la « solitude » et le retrait de la société ? Pour s’en convaincre, il n’est que de lire, par exemple, le chapitre 8 (« S’en remettre à la stabilisation mentale ») du Manuel de savoir-vivre du bodhisattva de Shantideva, VIIIème siècle : à côté, Cioran (Sur les cimes du désespoir, Bréviaire des vaincus, Précis de décomposition, De l’inconvénient d’être né), alors là oui, c’est la Joie de Vivre. « On peut retrouver la même personne (EST-CE TOUJOURS LA MEME – on peut en effet se poser la question -) quelques années plus tard, travaillant, en famille etc. ou toujours en retraite solitaire », quand… elle revient, au sens médical de l’expression (et je sais de quoi je parle !). |
Je voulais juste montrer que tout individu est "accro" à quelque chose dans sa vie eh oui, ça ne me dérange pas de comparer les habitudes des uns et des autres. Si un méditant ne peut pas se passer de sa session ou de son style de vie à part, je ne vois pas de quoi le blâmer, non plus que celui qui n'oublie jamais son rendez-vous avec le 20 heures TF1 ! C'est vrai que j'ai choisi des activités socialisantes -quoi que la télé... - mais je ferais remarquer que les pratiquants solitaires sont extrêmement rares, ils sont souvent en groupe.
| Maître EYA a écrit: | | Alors les enseignants, au lieu de jouer les apprentis sorciers en promettant le Bonheur à tout le monde, pourrait peut-être prendre la peine, préalablement, de préciser ce qu’ils entendent par ce mot (voir mon compte-rendu de La vie est un roman dans un message précédent, et comprenne qui pourra/voudra, car il n’est de pire sourd… ). |
Tout à fait d'accord ! Je considère qu'un "bon" lama doit prévenir son élève des difficultés qu'il va rencontrer. Le "bonheur" c'est toujours pour demain ! et il ne faut pas trop y compter, c'est bien là le paradoxe. On entame un cursus de pratique pour se libérer de la souffrance, or il s'avère que comme l'idée même de s'en défaire bien que naturelle, est un obstacle à la réalisation de cet objectif ! Suite à de prochaines passionnantes discussions...
| Maître EYA a écrit: | | Ensuite, j’ai rien contre les instruments à cordes… sensibles, mais « se réunir avec des malas autour du cou et de chanter des chansons […] les mantras, rituels, postures[…] s’adonner à de telles pratiques » c’est quand même pas ce qu’il faut sous nos climats. |
et pourquoi pas ?
| Maître EYA a écrit: | | Les Tibétains si photogéniques que l’on voit tourner des moulins à prières dans des reportages, maintenus dans la superstition et l’obscurantisme par un clergé qui n’a qu’une hâte : reconstruire à l’identique les temples et monastères détruits, symboles de son pouvoir, ces vestiges du Moyen Age, |
Nous aussi on entretient nos monuments historiques. Quelle barbarie que de tout raser. En plus, dans leur cas, il y va de leur identité.
| Maître EYA a écrit: | | on ne va pas pousser la régression jusqu’à les imiter et, par-dessus le marché, assurer des dons qui « vont vraiment aux personnes choisies » (par Qui ?), à « des personnes âgées en exil, des enfants » qui n’ont même pas, il faut bien le dire, d’existence inhérente, car on ne peut pas, non plus, jouer sur tous les tableaux ; |
Mais si, mais si, il y a de bonnes petites associations qui fournissent à de vraies personnes les moyens de leur subsistance. Le pépé que j'entretiens depuis des années a vraiment très peu de besoin, il doit se nourrir quand même, se vêtir, se soigner... il n'a pas la retraite, lui ! enfin pas la même... Comme il prie pour ma longue vie, et il a l'air de s'y connaître... il a un âge canonique, je trouve l'échange est vraiment équitable ; la somme que je lui donne, je la claquerai comme de rien en superflu. Bref, le sens critique est bien de mise dans ce domaine aussi.
| Maître EYA a écrit: | Ce Bouddha ... qu’a-t-il découvert de si extraordinaire, en méditant calmement sous un arbre? « Il a découvert en premier lieu, ce que tout le monde sait depuis toujours : que la vie est souffrance. Et ensuite, ce qui n’est pas moins évident, que tout passe ; que tout ce qui nous entoure est destiné à périr ; que notre âme elle-même est un courant d’états de conscience, un agrégat de tendance et de qualités, promis, comme notre corps, à la dissociation ; que l’unité du Moi, par conséquent, est aussi illusoire que l’unité d’un objet matériel, une cruche par exemple, qui peut se casser d’un moment à l’autre. […] C’est bien à tort, on le voit, que certains s’imaginent que l’illumination bouddhiste s’obtient par l’anéantissement du Moi. Nous n’avons pas à faire le moindre effort pour anéantir notre Moi, puisqu’il s’anéantit fort bien de lui-même. Nous avons simplement à prendre conscience, à ne voir dans le monde que ce qui existe réellement, c’est-à-dire, non des choses non des êtres, non des personnes ou des nations ou des collectivités, mais des combinaisons transitoires qui naissent et meurent à chaque seconde – l’une de ces combinaisons étant notre vie psychique elle-même. » (Pierre Gripari, L’évangile du rien, éditions L’Age d’Homme) « Nommer une chose, dit-il, est déjà une erreur. Car,du seul fait que je lui donne un nom, je fais précisément de cette chose une chose , c’est-à-dire une idée abstraite, indépendante et stable, isolé dans l’espace et le temps. Dans la réalité, il n’y a pas de choses, mais seulement des agrégats temporaires de mouvement, de matière, de qualités, en somme des grumeaux de l’énergie cosmique. C’est ce qu’exprime Lao-Tseu dans la deuxième phrase du Tao tö king : Les noms qui nomment vraiment ne sont pas les noms immuables. » ( La vie, la mort et la résurrection de Socrate-Marie Gripotard, éditions La Table Ronde ). Et tout le reste n’est que littérature ou fumisterie… |
Oui. Bien vrai. Et je fais aussi une allergie à tout ce qui est "Nouvel âge", trucs mystérieux réservés à quelque élite, etc etc.. Je partage l'irritation qui sous-tend vos propos ! Sauf que je ne ressens pas cette tendance à tout mystifier dans les enseignements bouddhistes. Bien au contraire. Par contre, je l'ai ressenti chez certains "pratiquants", peut-être est-ce de ceux qui vous ont "rabbattus les oreilles".
| Maître EYA a écrit: | Là-dessus, chère « pratiquante »qui luth, vous avez bien raison : « Il y a tant et tant de livres,etc. » Alors, en guise de conclusion, je m’autorise une dernière citation : « Lorsqu’un individu de culture occidentale a fini de faire le tour des doctines hindouistes, chinoises et japonaises, il est vraiment réconfortant pour lui de constater qu’en fin de compte l’essentiel de tout cela avait été dit par un Grec (il s’agit d’Epicure, note du rapporteur), dans un langage parfaitement accessible, dans les termes les plus clairs, et sans aucune affectation d’ésotérisme. Nul besoin, ici, de croire en l’au-delà, aux réincarnations ni à la magie ; aucune nécessité de cultiver des états paranormaux ni d’épater son monde. Encore moins s’agit-il d’adopter des attitudes séraphiques, reconnaissantes ou extasiés. » (Pierre Gripari, L’évangile du rien, éditions L’Age d’Homme). |
"Peu importe le flacon, pourvu qu'on est l'ivresse"
| Maître EYA a écrit: | | Je sais que les Violes sont des instruments fragiles qui se dérèglent au moindre choc, alors pardon pour la casse, et c’est signé : Brice (de Nice). |
Pas de mal ! Mais quel caractère ... |
|  | | | | DEPENDANCE ? Des bouddhismes libérateurs ou addictifs ? | |
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